Jean-Philippe Derail
Monteur Audiovisuel - Performeur - Fabricant de Films

 

PARCOURS
Avec une formation passant de la danse au théâtre et des études cinématographiques à l’Université Lyon II, il vient au montage audiovisuel après une expérience de 20 ans de la mise en scène, la chorégraphie, la réalisation de films chorégraphiques et/ou expérimentaux et du travail d’interprète.

De 1993 à 2001, comédien permanent du Groupe Kraft, il réalise ses premières créations marquées par le travail de la photographe américaine Diane Arbus.

De 2001 à 2013, danseur interprète dans diverses compagnies, il poursuit son travail de création en dehors des plateaux de théâtre sous forme de films, performances et chorégraphies et crée la structure POST qui accueille chacun de ses projets :
Triptyque (2005) - pièce chorégraphique et manipulation vidéo
Dehors (2006) - pièce pour l'espace public
Slapsticks (2007/2008) - série de 11 courts métrages chorégraphiques diffusée lors du Festival International du Cinéma Méditerranéen à Montpellier, au Musée Carré d’Art à Nîmes, au Centre de Développement Chorégraphique à Toulouse, lors du Colloque Cirque & Cinéma à l’Université Montpellier 3 ou au New Morning à Paris…
Do It Yourself (2008) performance chorégraphique et sonore sur l'origine du mouvement punk créée au Centre d’Art Contemporain La Panacée à Montpellier
Road Movie (2011/2013) - un film itinéraire en 7 étapes diffusé lors du Festival Move the City à Brno (République Tchèque), d’Altrraa à Toulouse, des Shorts à Vevey (Suisse), des Shorts à Bruxelles (Belgique) ou au TNT à Nantes.

Il intègre en 2010 un module d'Ex.e.r.ce au Centre Chorégraphique National de Montpellier, dirigé par Mathilde Monnier, sur la création de la revue musicale Puttin' On a Show de Mark Tompkins en collaboration avec le vidéaste Gille Toutevoix.

Depuis 2012, il collabore avec l’artiste Myriam Lefkowitz autour des projets Walk, Hands, Eyes (a city), Et sait-on jamais dans une obscurité pareille ? et La Piscine. Cette recherche autour des questions d'attention et de perception a fait l’objet d’une résidence de deux ans aux Laboratoires d’Aubervilliers et est activée dans de nombreux contextes tels que : Biennale de Venise 2013, Centre d’Art Contemporain de Vilnius (Lituanie), Palais de Tokyo à Paris, SPEAP Art et Politique Science Po à Paris, Festival Brut à Vienne (Autriche), Festival Mouvement à Biel (Suisse), Centre Georges Pompidou à Paris, Sommerszene à Salzbourg (Autriche), MDE15 à Medellín (Colombie)…

En 2013, et après une reprise d'études au Département Danse de l'Université Paris 8, il intègre la formation longue "Monteur, un Métier" à l’INA - Institut National de l’Audiovisuel - à Paris, d’où il sort avec la Certification Professionnelle enregistrée au RNCP. Il axe alors son travail d'écriture et de composition sur le montage audiovisuel. Il travaille ainsi sur plusieurs projets de documentaires, de films de fiction, de teasers pour le spectacle vivant, en particulier avec la réalisatrice Delphine Lanson et de films d’archives avec la Cinémathèque de Bretagne.

En 2016, il engage deux projets de documentaires expérimentaux, à la réalisation et au montage, autour des recherches de deux artistes chorégraphiques :
Myriam Lefkowitz : les questions de perception et des différents régimes d’attention - tournage entre 2016 et 2018 à Paris, Stockholm (Suède), Plymouth (Angleterre) …
Ghyslaine Gau : le corps noir en mouvement dans l’art contemporain / sous le prisme des mouvements afro-américains : étape 1 - tournage automne 2016 à Oakland, Berkeley et San Francisco (USA).

 

 

 

 

"Dans la DÉMARCHE de flouter le bord des cadres, des étiquettes et des catégories, je développe depuis 1995 un travail à la croisée des pratiques artistiques (cinéma, danse, théâtre, performance), mixe des matériaux hétérogènes et crée des formes hybrides.

Dans un premier temps, mon intérêt se porte sur la création de personnages muets à travers la recherche d’une silhouette, d’une façon de bouger, une énergie, une attitude, un comportement.
J’oriente ensuite cette esquisse du mouvement vers une danse qui se frotte aux limites, aux déséquilibres, aux directions contradictoires : je tente le geste impossible à réaliser.
L'absurde, le décalage et la dérision participent à mon écriture qui se travaille dans l'urgence afin de privilégier l'expression brute et spontanée.
Avec ces outils, je ré-interprète d’emblématiques références et décortique des genres très codifiés tels que le burlesque du cinéma muet américain (Slapsticks), le mouvement punk (Do It Yourself) ou encore le genre road movie (Road Movie).
Après avoir expérimenté l’usage de caméras et d’images filmées sur le plateau de théâtre en superposant spectacle vivant et manipulation vidéo, je considère que les grands décors de cinéma sont dans la ville ou dans la nature et j’explore le travail in situ via la création de films chorégraphiques.
Dans cette relation entre danse et cinéma, je suis animé par plusieurs directions de travail :
. Comment lier étroitement l’écriture chorégraphique au cadre d’une caméra - comparé au cadre du plateau de théâtre en jouant de leurs similitudes et de leurs différences - ? / Mes premiers travaux filmiques se focalisent sur le plan séquence et le plan fixe.
. Comment filmer l’énergie et le mouvement ? / Viennent s’ajouter au plan fixe des images sans cesse en mouvement captées par une caméra directement manipulée par les performeurs.
. Comment créer du chorégraphique avec les outils du montage ?

Aujourd’hui et ce depuis ma formation à l’INA en 2013, le montage audiovisuel est au centre de mon activité.
Les notions d’écriture et de composition en montage résonnent fortement avec celles que j’ai pu explorer dans le spectacle vivant. Faire un montage c’est aussi quelque part danser, les notions de rythme, d’espace et de flux y sont sensiblement les mêmes. Le cinéma est un média de reproduction du mouvement ; il est mouvement au même titre que la danse.
Ce déplacement que je revendique est donc celui d’accompagner un projet. Aussi, je choisis de fabriquer des objets à partir des matériaux des autres.
Je regarde, écoute, échange, dissèque, cherche à comprendre ce qui se joue, ce qui apparaît malgré tout ou ce qui s’opère devant moi.
Mon travail de monteur pour un réalisateur est de tenter de révéler la substantifique moelle de son projet. Au même titre que lorsque je travaille sur un teaser de spectacle pour une compagnie, je cherche à capter l’écriture de la pièce pour la transposer avec les outils du montage.
Si, en 2016, je reprends la réalisation de projets personnels, c’est en prolongeant cette posture d’accompagnement : je collabore avec un artiste chorégraphique sur sa recherche ; j’alimente son projet ; je l’observe et je témoigne de ce travail en réalisant un film.
C’est aussi en allant vers ce que je n’ai pas encore exploré : le documentaire ; le documentaire comme essai, à la frontière du documentaire et du cinéma expérimental : un « documentaire expérimental ». Une forme de documentaire au plus près de celle de mon sujet, une forme que je cherche à définir au même rythme que mon sujet cherche sa forme. Une quête du réel que l’on déplace, recontextualise et que l’on performe. Je me concentre sur l’intelligible avec argument narratif mais ma priorité reste le sensible.
Si je tends à disparaître lors d’un montage de film de fiction pour viser le montage fluide et transparent de l’école américaine, je veux ici continuer à explorer le montage analogique, le fragment, l’hétérogène, la discontinuité et la rupture. Ces éléments - que j’ai commencé à mettre en jeu dans mes projets précédents en cherchant à créer du chorégraphique avec les outils du montage - sont aussi rythme et mouvement. Caractéristiques du montage soviétique et, la plupart du temps, du cinéma expérimental, ils sont aussi, de mon point de vue, ceux qui traduisent la fracture et la dimension chaotique, instable et précaire du monde contemporain."

 

 

   

 

 

 

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